Chapitre 1
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Lundi 5 octobre 2009, dans la banlieue de Berlin:
« -Chéri il est l'heure de se lever
- Ho non pas déjà, s'exclama Tom en rabattant la couverture sur sa tête.
- Si il le faut Tom, aujourd'hui surtout!
- Pourquoi? La station Mir va nous tomber dessus finalement?, grogna Tom.
- Idiot va! C'est le jour des sélections!
- J'avais sapé, » cria Tom en retirant brusquement les couvertures de sur lui. Tom se leva comme une furie, filant à la salle de bain et s'enfermant dedans. A présent réveillé, il passa sous la douche en quatrième vitesse, sachant qu'il n'était pas en avance. Lorsqu'il arriva dans la cuisine, sa petite femme Evelyn avait déjà tout préparé. Tom alla l'embrasser, tout en prenant un croissant.
« - Que ferais je sans toi?
- Des bêtises mon chéri des bêtises! » Tom sourit et alla prendre sa veste dans le hall. Evelyn le suivit en souriant. Son fiancé avait tout le temps la tête dans les nuages depuis le début du mois. Elle ne lui en voulait pas, mais elle avait hâte que ces épreuves finissent, sachant que ce serait pour Tom une nouvelle forme de stress.
Tom saisit ses clés, puis embrassant une dernière fois Evelyn, il sortit de son loft, le c½ur battant. S'il ne voulait pas être en retard ce matin, c'était pour ne pas louper l'étrange personne de l'autre côté de la rue. Tom espérait toujours qu'il mette un nom sur ce visage parfait. Il croisait parfois son regard, mais jamais longtemps, comme si elle ne voulait pas s'attarder sur les gens autour d'elle.
Quand il sortit de l'immeuble, Tom marcha nonchalamment vers sa voiture et déverrouillant la porte, par automatisme, il regarda de l'autre côté de la rue pour apercevoir cette personne mystérieuse arriver. Pourtant ce matin là, personne n'arriva. Tom regarda sa montre. 8h30. Il releva la tête, déçu. « Bien sûr, pensa t- il , elle ne peut pas passer tous les jours à la même heure! ».
Mais il ne pouvait taire la voix dans sa tête qui lui disait le contraire. Car depuis un mois, elle passait tous les jours à la même heure. Tom soupira et monta dans sa voiture. Il avait une longue journée et ce n'était pas le moment de se préoccuper de cette personne pour le moment.
Au café, il s'arrêta par habitude prendre son délicieux capuccino. Espérant vainement qu'il pourrait la croiser, Tom arriva dans le café tout sourire, qui s'effaça bien vite quand il vit qu'elle n'était pas là. Il soupira de nouveau, puis alla commander son café.
Une fois arrivé à l'école , il alla dans la salle des professeurs déposer ses affaires et sa guitare. Tom était en effet professeur de musique, et son look le laissait deviner. Dreadloks qui lui tombaient jusqu'au milieu du dos, pantalons et T-shirt larges, les élèves avaient tendance à le confondre avec l'un des leurs. Tom ne s'en plaignait pas, ils avaient presque le même âge.
Buvant toujours son café, Tom salua ses collègues.
« -Laisse moi deviner Tom, tu as failli oublier de te lever, lui fit remarquer gentiment Joe, son collègue au chant.
- Failli en effet, s'exclama Tom avec le sourire, mais Evelyn m'a encore sauvé.
- Ce serait elle que je devrai embaucher, fit remarquer Lindsay, la directrice.
- Mais tu oublies une chose, ma chère directrice, dit Tom.
- Laquelle?
- C'est que je suis un dieu à la guitare! » Les quatre autres collègues présents se mirent à rigoler, et sous le sourire goguenard de Tom, Lindsay secoua la tête avant de s'installer dans son fauteuil directorial.
«- Bien, comme vous le savez, aujourd'hui a lieu les première sélections après dossiers. Je souhaite que tout se passe au mieux et... Et Tom perdit le fil de la discussion, ses pensées partant une fois de plus vers cette personne mystérieuse. Il repassait sans cesse ses yeux, son nez droit ou bien sa silhouette fine qui marchait sur le trottoir. Tom ne savait pas ce qui lui prenait, à fantasmer sur une jeune fille, qui sans doute devant avoir beaucoup moins que son âge.
« -Tom?, fit une vois à côté de lui.
- Hein quoi? » Tom sursauta et regarda autour de lui. Ses collègues l'observaient, certains l'air un peu inquiet.
« - Tout va bien Tom?, demanda Lindsay.
- Ho laisse le , il a sûrement une fille en tête, dit narquoisement David, professeur de théâtre.
- Evelyn ne serait pas super contente je crois! Désolé Lindsay.
- Bien, donc je disais que les épreuves commenceront dans dix minutes, je vous veux tous dans le grand théâtre. » Elle se leva, fière de son effet de directrice, et sortit de la salle des professeurs pour s'engouffrer dans son bureau. Tom et ses collègues se levèrent et tous ensembles allèrent dans le théâtre, où déjà des centaines d'élèves se pressaient. Tom les scruta quelques instants, regardant ces jeunes qui espéraient tous faire carrière dans la danse, le chant ou la musique.
Mais combien y arriverait-il? Tom savait que le parcours était semé d'embûches, et peu arriverait à leur but. Tom les regarda encore quelques instants, et s'apprêtait à s'asseoir quand il la vit.
Assise au milieu d'autres jeunes, en train de parler sûrement avec des amis, se trouvait la personne que Tom voyait chaque jour et qui hantait ses pensées. Tom cligna des yeux, et quand il les rouvrit, il la vit plus nettement. Ce n'était pas une fille, mais un garçon.
Celui-ci riait, la bouche grand ouverte en entendant ce que racontait ses amis. Tom l'observa encore et encore, n'en revenant pas qu'il était là, dans son école. Il aurait voulu continuer à le regarder, mais Lindsay arriva sur scène pour prononcer son discours de bienvenue.
Tom ne l'écouta que d'une oreille, ses pensées tournées vers le bel androgyne assis non loin de lui. Enfin il allait savoir qui était cette personne...
Lindsay redescendit de scène, après avoir annoncé le début des épreuves. La plupart des élèves ressortirent, et les premiers montèrent sur scène. Certains chantaient, d'autres dansaient, mais aucun n'avait la capacité de briller. Ils s'enchaînaient tous à la suite, ne montrant aucune originalité.
Tom s'ennuyait fermement, et n'avait qu'une hâte, que cela se termine. Il en était venu à cette conclusion quand il apparu. Suivis d'autres potentiels élèves, il alla se mettre en place sur scène, attendant qu'on lui donne le signal pour commencer à
chanter.:
Zum ersten Mal alleine
In unserem Versteck.
Ich seh noch unseren Namen an der Wand
Und wisch sie wieder weg.
Ich wollt dir alles anvertrauen.
Warum bist du abgehauen?
Komm zurück
Nimm mich mit
Komm und rette mich,
Ich verbrenne innerlich.
Komm und rette mich
Ich schaff's nicht ohne dich.
Komm und rette mich
Rette mich
Rette mich
Unsere Träume waren gelogen
Und keine Träne echt.
Sag das das nicht wahr ist,
Sag's mir jetzt.
Vielleicht hörst du irgendwo,
Mein SOS im Radio!
Hörst du mich? Hörst du mich nicht?
Komm und rette mich
Ich verbrenne innerlich.
Komm und rette mich
Ich schaff's nicht ohne dich.
Komm und rette mich
Rette mich
Dich und mich
Dich und mich
Dich und mich
[dich und mich]
Ich seh noch uns'ren Namen und wisch sie wieder weg
[dich und mich]
Unsere Träume waren gelogen
[dich und mich]
Und keine Träne echt
Hörst du mich? Hörst du mich nicht?
Komm und rette mich
Rette mich
Komm und rette mich
Ich verbrenne innerlich.
Komm und rette mich
Ich schaff's nicht ohne dich.
Komm und rette mich
Rette mich
Rette mich
Rette mich
Rette mich
Tom attendit anxieusement, quand tout à coup il entendit sa voix lui parvenir à ses oreilles. Aussitôt Tom eu la sensation qu'il s'envolait, porté dans un autre monde que seul ce jeune homme sur scène savait créer. Il ferma les yeux, appréciant au mieux les paroles. Trop tôt à son goût, il termina.
« - Hé bien jeune homme c'est assez incroyable! Quel est votre nom, demanda Lindsay.
- Bill Trümper Madame.
- Monsieur Trümper je crois que les autres professeurs seront d'accord avec moi pour vous dire que votre voix est magnifique! » Les autres acquiescèrent, tandis que Tom avait gardé les yeux rivés sur lui. Bill...Ce nom résonna encore dans sa tête. Celui-ci était encore sur scène, écoutant ce que lui disait Lindsay, souriant. Il hocha la tête, puis descendit de scène. En passant devant la table des professeurs alignés, il croisa le regard de Tom, qui se sentit défaillir.
Les épreuves se poursuivirent, danse ou chant pour certains, théâtre pour d'autres. Tom sentait la fatigue lui peser, mais ressentait dans son c½ur une joie immense. Il savait enfin qui était ce jeune homme, et se rendait compte peu à peu qu'il allait étudier dans l'école où lui enseignait.
[...]
En fin de journée, Tom pu enfin sortir du théâtre, après une journée épuisante. Dans sa main, il tenait une feuille que Lindsay lui avait demandé d'aller accrocher sur le panneau. Dessus figuraient les noms des quarante élèves sélectionnés pour l'année. Et parmi eux, celui de Bill Trümper...
Tom sourit malgré lui, en épinglant la feuille sur le panneau de liège. Il n'en revenait toujours pas. Dans sa tête fusaient mille pensées. Il ne comprenait pas vraiment la joie qu'il ressentait de savoir Bill près de lui. Pour l'un comme pour l'autre, ils n'étaient que des étrangers. Mais Tom ressentait dans son c½ur que la part de mystère qu'entourait Bill méritait d'être découverte.
Soupirant, il s'écarta pour échapper au flot des élèves venus voir les résultats. Montant les escaliers, Tom surplomba la foules, regardant certains pleurant, d'autres riant. Il distingua la masse de cheveux noirs parmi eux, qui s'avançait jusqu'au panneau. Bill regarda un instant la feuille et sourit, puis s'extirpa des autres avant de sortir, un portable à la main.
Car Bill Trümper avait travaillé dur pour en arriver là. Entrer dans l'école des arts de la scène de Berlin était presque aussi impossible que de rencontrer son groupe préféré! Bill sourit encore plus en pensant à sa mère, qui devait trépigner d'impatience en attendant les résultats. Il composa rapidement le numéro de chez lui, et attendit quelques secondes avant d'entendre la voix de sa mère résonner, presque hystérique.
« - Alors mon grand, dis moi que tu as été pris!
- Oui maman, s'exclama Bill, pas peu fière de lui.
- Ho Bill c'est magnifique! Je suis si fière de toi! » Et sa mère éclata en sanglot. Bill s'en trouva désolé et consola sa mère. Après quelques minutes passées au téléphone, il raccrocha et remit son sac sur son épaule, un sourire toujours aux lèvres, et rejoignit sa meilleur amie et colocataire, Eva.
Elle était aussi sélectionnée dans l'école et tous deux avaient décidé d'aller fêter comme il se devait leur entrée dans cette école.
« - Remit de tes émotions mon Billou?, la questionna Eva.
-: Bien sûr! J'ai même eu ma mère au téléphone, elle était en pleurs!
- La mienne aussi! Ton père a dit quoi, » s'enquit Eva. Bill baissa la tête. Seule cette ombre amenait un nuage à son bonheur pour l'instant si parfait. Son père avait d'abord refusé que Bill aille s'installer à la capitale, qui plus est pour tenter un concours d'entrée dans une école d'arts de la scène, qualifiant cette école de « garage à chômage ». Bill, avec la complicité de sa mère, avait réussi à le convaincre, en lui mentant au sujet de ses études, promettant de devenir un brillant avocat.
Sa mère avait financé en partie les frais d'entrée dans la BerlinSchule, tandis que son père pensait que son fils, son unique, venait de faire son entrée dans l'une des plus grandes universités du pays. Bill s'en voulait de mentir à son père, mais il ne pouvait faire autrement. Il voulait réalisé ses rêves, pas ceux des autres.
Bill regarda son amie tristement, et elle comprit aussitôt. Elle passa une main amicale dans son dos, soupirant. Elle comprenait la réaction de Bill, déçu que son père ne comprennent pas ses rêves. De plus, Bill ne voulait pas en rajouter , il voulait rendre son père fière de lui. Et cela commençait mal, car avant son départ pour Berlin, Bill avait révélé à ses parents son penchant pour les hommes, et bien qu'il ait précisé à son père qu'il aimait toujours les femmes, le rendant ainsi bisexuel, il était parti fâché contre son père de ne pas le comprendre.
Bill chassa ces pensées de sa tête et sourit à sa meilleure amie. Depuis son installation dans la capitale, tout lui souriait et il ne comptait pas s'arrêter là. Au contraire, l'avenir s'ouvrait à lui. Bill repensa à sa journée et plus précisément à son passage. Assis à une table du bar qu'ils affectionnaient tout particulièrement avec Eva, ils se remémoraient leur passage respectif.
« - C'était dingue, s'enthousiasma Bill, les profs n'en croyaient pas leurs yeux!
- Normal Bill tu as une voix exceptionnelle!
- Merci, » dit Bill en feignant l'orgueil. Les deux rigolèrent et burent une gorgée de leur verre. Il regarda par la fenêtre, apercevant de loin l'école qui était encore éclairée par les faibles rayons du mois d'octobre. Il repensait tout particulièrement au regard de ce professeur, qu'il avait d'abord pris pour un élève qui aurait fait une mauvaise blague aux autres. Peut être un quatrième année.
Mais il faisait apparemment parti du corps professoral. En passant devant eux pour ressortir du théâtre, Bill avait croisé son regard, et était certain de l'avoir déjà vu avant. Replongeant dans ses pensées, il se revit dans le café, là où il prenait son capuccino tous les matins. Il se revoyait sortir du commerce, et croiser un homme aux longues dreadlocks, qui tous les matins venaient dans le même café que lui.
Il lui semblait aussi l'avoir déjà vu non loin de son immeuble, lorsqu'il partait pour sa salle de répétition. Il bu une nouvelle gorgée, songeur. Il revit une nouvelle fois dans son esprit le bref croisement de regard dans le théâtre. Bill ne sut se l'expliquer, mais quand il avait vu ces deux prunelles, il avait ressenti dans son c½ur une étrange sensation, et dans son corps une sorte de chaleur.
Sorti de ses pensées par Eva, Bill secoua sa tête, et tous deux sortirent du bar après payé leurs consommations. Une nuit de sommeil méritée les attendait, dans deux jours, les vrais cours commençaient.
Chacun rentrait dans leur petite vie, Tom dans son appartement, retrouvant sa fiancée, et Bill dans le sien, retrouvant sa chambre. Tous deux éreintés de leur journée mais heureux, tous deux pour des raisons différentes.
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